"L'équipe a fourni beaucoup d'efforts"

Entretien avec Fred Bougeant

 

A quelques heures de disputer le dernier match de la saison régulière LFH à Nîmes, et à quelques jours du premier stage en tant que sélectionneur de l'équipe nationale féminine du Sénégal, l’entraîneur des Panthères Fred Bougeant revient sur les derniers mois des Panthères, sur les prochaines échéances, et sur son rôle en tant que sélectionneur. Entretien.

 

Fred, quel sentiment t’anime après cette qualification directe pour les demi-finales des Play-offs, acquise dès mercredi face à Issy ? 

" Notre plus grande réussite ne réside pas forcément dans ce résultat brut, mais plutôt dans les stratégies collectives mises en place pour obtenir ce résultat. Au sein de ce cycle de 15 matchs en 8 semaines, il s’agissait pour nous du match le plus important. Nous n’avons jamais perdu de vue nos objectifs sur l’équilibre de l’équipe, sur l’intégrité physique, et le cap qu’il fallait maintenir, même au plus fort de la tempête ! "

 

Excepté le Final4 de la Coupe de la Ligue, l’équipe ne retrouvera pas les terrains officiels avant le 23 avril ! Considères-tu cette qualification directe pour les demi-finales comme un atout ou un inconvénient ?

" Seul l’avenir nous le dira ! Je crois néanmoins que l’équipe a déjà fourni beaucoup d’efforts. Nous avons perdu Béatriz Fernandez et Maakan Tounkara en route, n’avons enregistré qu’une seule arrivée professionnelle avec Audrey Bruneau, et nous avons énormément de joueuses sélectionnées en équipes nationales au mois de mars. Cette période de préparation en avril me paraît donc idéale. "

 

« Très satisfait par le comportement des joueuses dans une période plus que compliquée. »

 

Qu’envisages-tu de faire en avril pour emmener l’équipe jusqu’aux Play-offs ?

" En avril, ne te découvre pas d’un fil ! Donc le maillot de bain ne sera pas à l’ordre du jour ! Nous allons maintenir une intensité forte, parce qu’il restera peu de matchs mais il faudra être capable de les jouer à intensité maximale. "

 

L’équipe clôture ce soir à Nîmes son 15ème match en 8 semaines. Quel regard portes-tu sur la période qui vient de s’écouler ?

" Je suis très satisfait par le comportement des joueuses dans une période plus que compliquée. Les sportives de haut niveau sont des professionnelles mais nous avons tous besoin de projet et d’anticipation pour préparer l’avenir. Durant ce cycle, nous avons vécu au jour le jour et cette méthode ne convient pas au public féminin. J’ai un groupe exceptionnel qui a su se mobiliser et se protéger de l’environnement. Mais il ne faut jamais perdre de vue que gouverner, c’est prévoir. "

 

« Essayons de lever un trophée ensemble pour bien finir notre aventure. »

 

Avec un peu de recul, que retiendras-tu de ce premier parcours en Ligue des Champions ?

" Nous avons fait une bonne campagne. Il nous a manqué de l’expérience, de la maturité et parfois de la fraîcheur mentale pour aller plus loin. Dans ce genre de match, un athlète doit pouvoir trouver le relâchement nécessaire pour donner tout son potentiel. J’aurai toujours ce regret d’avoir joué ce Tour principal de Ligue des Champions dans ce climat trop pesant, car nous ne saurons jamais de quoi cette équipe était réellement capable si elle avait joué l’esprit libre. "

 

Tu ne retrouveras l’équipe au complet qu’à partir du 22 mars pour préparer le Final4 de la Coupe de la Ligue, sur quoi insisteras-tu dans les derniers jours qui précéderont la compétition ? 

" Il ne se passera rien de très important. Nous ferons récupérer nos joueuses et les préparerons mentalement et tactiquement. Et j’espère que nous fêterons nos françaises à leur retour de sélection. Nous sommes à leurs côtés dans ce défi et avons hâte de voir la France rejoindre l’Espagne aux J.O. "

 

« Le nombre de sélectionnées n’est pas important, ce qui compte, c’est de les emmener à ce niveau et de faire en sorte qu’elles y restent. »

 

Quelles seront les ambitions sur le Final4 et sur les Play-offs ?

" Jouer libéré. Prendre énormément de plaisir ensemble. Il s’agit malheureusement de la fin d’un cycle et l’amitié qui nous lie va nous faire vivre de jolis moments encore. Essayons de lever un trophée ensemble pour bien finir notre aventure. "

 

15 Panthères en sélection au mois de mars (France A, Espagne A, Sénégal A, France Juniors, France Jeunes), qu’est-ce que cela t’inspire ?

" C’est une leçon pour tous ceux qui jugent et qui sont persuadés qu’il n y a qu’un chemin… Ici, nous avançons différemment en respectant tout le monde et en prenant vraiment en compte le projet personnel des joueuses. Nous partageons avec elle un projet collectif et nous les accompagnons dans leurs objectifs individuels. Je suis très content pour elles et je leur souhaite tout simplement le meilleur. Après, le nombre de sélectionnées n’est pas important, ce qui compte, c’est de les emmener à ce niveau et de faire en sorte qu’elles y restent. "

 

« Fixer un cadre précis aux joueuses, pour la simple et bonne raison que ce sont les comportements déviants qui génèrent le plus de contre-performances. »

 

Tu vas connaître dans quelques jours une première dans ta carrière avec un premier stage en tant que sélectionneur national, comment l’abordes-tu ?

" Je suis très impatient de démarrer cette aventure et en même temps très calme car je commence à être « un vieux » avec ces 14 saisons consécutives en division 1 ! Alors je vais faire ce que je fais depuis des années : fixer un cadre précis aux joueuses, pour la simple et bonne raison que ce sont les comportements déviants qui génèrent le plus de contre-performances. Ensuite, nous allons grandir ensemble, parce que ce métier n’est que partage ! Le jour où tu imposes les choses et que l’on t’impose des choses, c’est le début de la fin ! Je ne perçois mon rôle que dans l’échange, que ce soit avec les joueuses ou les dirigeants. Cela va être une très grande aventure et je vais essayer de donner le maximum à ce groupe. "   

 

Tu as officialisé la nouvelle en janvier et as déjà évoqué ici et là les raisons qui t’ont amené à relever ce défi. Le moment de réflexion a-t-il été long ?

" D’abord, il faut remercier Jean-Pierre Gontier, qui m’a permis de cumuler les missions. J’ai pris le temps de réfléchir par rapport au projet et à mon engagement. Ai-je l’énergie, l’envie, la passion pour être totalement disponible pour les joueuses dans un contexte et un environnement nouveau ? La réponse est oui. Mais une fois de plus, le fait de partager cette histoire est le gros bonus. Avec Souleymane Dia et Ibou Diallo au sein du staff, je m’engage dans le projet avec des amis. Enfin, je veux renvoyer l’ascenseur à un peuple qui m’a beaucoup appris, parce ce que je sais d’où je viens. " 

 

« Je n’ai rien changé à mes habitudes. »

 

Concrètement, comment jongles-tu au quotidien entre le club et la sélection ?

" Je gère la sélection tôt le matin ou tard le soir. Je n’ai rien changé à mes habitudes, je ne réponds à aucune sollicitation les jours de matchs et je mets les choses dans des cases. Je gère mon planning avec les routines et les surprises : les routines reviennent de semaine en semaine et les surprises, bonnes ou mauvaises, te permettent de rester vivant ! "

 

Quel sera le programme du stage à Fleury-les-Aubrais et quel en seront les objectifs ?

" Nous nous entraînerons à Chanteau tous les matins et nous ferons des matchs à thème l’après-midi. L’idée est de mettre en place les premières bases de notre projet de jeu. Je souhaite également voir le comportement des joueuses et leur capacité à vivre ensemble. Enfin, nous ferons un point sur l’état de santé de chacune. Ce sera une prise de contact rapide, parce que les autres nations sont en avance de par leur participation au mondial et leur histoire. Nous n’avons donc pas de temps à perdre. "

 

Que peut-on te souhaiter à la tête de cette sélection ?

" Que cela se passe comme avec Le Havre et Fleury et que l’on lève un trophée ensemble. Je crois beaucoup au potentiel de ce groupe et je vais tout faire pour que les sénégalais soient fiers de leur sélection nationale. Cette équipe doit prendre conscience de son potentiel mais aussi du prix à payer pour réussir. Nous nous appuierons donc sur l’intelligence collective et sur un projet partagé. "

 

 

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